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02 octobre 2009

BOULEVERSÉE

Tatiana ARFEL - L'Attente du soir

attentedusoirPrésentation de l'éditeur
Ils sont trois à parler à tour de rôle, trois marginaux en bord de monde. Il y a d'abord Giacomo, vieux clown blanc, dresseur de caniches rusés et compositeur de symphonies parfumées. Il court, aussi vite qu'il le peut, sur ses jambes usées pour échapper à son grand diable noir, le Sort, fauteur de troubles, de morts et de mélancolie. Il y a la femme grise sans nom, de celles qu'on ne remarque jamais, remisée dans son appartement vide. Elle parle en lignes et en carrés, et récite des tables de multiplication en comptant les fissures au plafond pour éloigner l'angoisse. Et puis il y a le môme, l'enfant sauvage qui s'élève seul, sur un coin de terrain vague abandonné aux ordures. Le môme lutte et survit. Il reste debout. Il apprendra les couleurs et la peinture avant les mots, pour dire ce qu'il voit du monde. Seuls, ces trois-là n'avancent plus. Ils tournent en rond dans leur souffrance, clos à eux-mêmes. Comment vivre ? En poussant les parois de notre cachot, en créant, en peignant, en écrivant, en élargissant chaque jour notre chemin intérieur, en le semant d'odeurs, de formes, de mots. Et, finalement, en acceptant la rencontre nécessaire avec l'autre, celui qui est de ma famille, celui qui, embarqué avec moi sur l'esquif balloté par les vents, est mon frère. On ne cueille pas les coquelicots, si on veut les garder vivants. On les regarde frémir avec ces vents, dispenser leur rouge de velours, s'ouvrir et se fermer comme des cœurs de soie. Giacomo, la femme grise, le môme, que d'autres ont voulu arracher à eux-mêmes, trouveront chacun dans les deux autres la terre riche, solide et lumineuse, qui leur donnera la force de continuer.

Tout est dit dans cette 4ème de couverture, encore que je préférerais employer le terme d’écorchés plutôt que marginaux. En dire plus risquerait d’emmêler le fil de l’intrigue, de déranger l’enchaînement des révélations, d’affadir les ressentis exprimés par les trois personnages.

Ce roman est également une merveilleuse histoire d’amour, que dis-je, un cri d’amour. Une leçon de vie, de courage, de tolérance, de compassion.

J’ai adoré ce texte qui m’a bouleversée, émue, parfois aux larmes, qui m’a transportée, éblouie.

Je ne peux m’empêcher de vous faire partager quelques passages (très peu au regard de tous les post-it collés dans mon livreJ)

La femme grise :
« Je pense que les émotions s’épuisent à force de ne pouvoir se dire. »
« Au bout du cordon de mon ventre, il n’y avait pas un enfant, mais le monde en entier qui m’avait été refusé jusqu’alors, et qu’on m’offrait sur un plateau de chair, ma propre chair, qui allait lui permettre d’exister. »

Giacomo :
« La symphonie changeait chaque soir, et d’aucuns revenaient, dix, vingt fois juste pour en découvrir une autre, malheureux de ne pouvoir l’enregistrer, comme on le ferait d’une musique, car enfin les odeurs ne s’enregistrent que dans l’émotion du souvenir, d’où elles jaillissent n’importe quand. »
« Je savais bien qu’un tableau est plus juste que le plus précis des clichés, parce qu’il vous jette sur la toile avec votre extérieur et votre intérieur tout à la fois. »

Le môme :
« Le môme voit et sourit grand, on a dit à la maison jaune que lui aussi faisait des bêtises, et le môme a conclu que les bêtises c’est quand on fait ce qu’on a envie dedans de soi ».
« Alors ça une mère fallait pas venir lui en rebattre les oreilles, une mère c’est ce qui vous empêche d’être seul dans la vie, c’est la terre où on peut toujours retourner quand on est malade d’existence, c’est un immense bras qui vous serre, qui vous garde le cœur au chaud. »

Mais il y a aussi les descriptions magnifiques, sans cesse renouvelées, qui mettent en scène l’odorat lorsque Giacomo invente des odeurs, des parfums ; la vue quand interviennent pour chacun des 3 personnages, les couleurs ou l’absence de couleur; le toucher et le goût qui permettent au môme de se construire SON histoire …

Grand coup de coeur pour Cuné, magnifique pour Lily, quelques longueurs pour Cathulu, Sylire et Papillon, intimiste, sensible poétique pour Keisha, d'une très grande humanité pour Dominique, très gros coup de coeur pour Michel ...

Posté par Marifran à 15:17 - Commentaires [13] - Permalien [#]
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Commentaires

    Je partage cet avis totalement, c'est un livre qui m'a ému énormément et que j'ai beaucoup aimé, il a certes peut être quelques maladresses mais c'est un premier roman pour lequel j'ai fait un billet enthousiaste

    Posté par Dominique, 02 octobre 2009 à 16:27
  • @ Dominique : merci de t'être arrêtée, j'ai mis ton billet en lien

    Posté par Meria, 02 octobre 2009 à 16:56
  • Après tant d'éloges, je ne peux que l'inscrire sur ma liste!Je vais le lire à tout prix!

    Posté par mango, 02 octobre 2009 à 17:13
  • @ Mango : très bonne initiative

    Posté par Meria, 03 octobre 2009 à 10:19
  • Tu en parles merveilleusement bien, mais je ne sais pas pourquoi, j'ai l'intuition que je n'aimerais pas...

    Posté par bladelor, 03 octobre 2009 à 10:53
  • @ Bladelor : je ne connais pas très bien tes goûts, mais ce roman est parfois un peu difficile sur le plan émotions

    Posté par Meria, 03 octobre 2009 à 21:23
  • Je l'ai déjà noté : c'est un livre qui ne laisse pas indifférent.

    Posté par Leiloona, 04 octobre 2009 à 08:35
  • Un superbe livre haut en couleur, je lui ai donné mon prix Landerneau.

    Posté par Michel, 04 octobre 2009 à 21:27
  • @ Leiloona : je crois aussi.

    Posté par Meria, 05 octobre 2009 à 09:02
  • @ Michel : il a eu aussi le prix Roblès 2009 !

    Posté par Meria, 05 octobre 2009 à 09:03
  • Merci Méria pour ce lien , c'est très gentil

    Posté par Dominique, 09 octobre 2009 à 09:36
  • Merci pour le lien

    Posté par Michel, 11 octobre 2009 à 17:42
  • Un gros coup de coeur ! merci à toi de nous avoir permis de rencontrer Tatiana Arfel qui mérite largement tous nos compliments !

    Posté par Doriane, 09 octobre 2010 à 22:53

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