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08 août 2011

BOULEVERSANT

Le village de l'Allemand ou le journal des frères Schiller
Boualem SANSAL

villagedelallemandPrésentation de l’éditeur : Quand en 1994 le GIA massacre une partie de la population du village d'Aïn Deb, près de Sétif, les frères Schiller perdent leurs parents. Mais leur deuil va se doubler d'une autre épreuve : la révélation de qui fut leur père, cet Allemand qui jouissait du titre prestigieux de moudjahid... Basé sur une histoire authentique, ce roman relie trois épisodes dissemblables et pourtant proches : la Shoah ; la sale guerre des années 1990 en Algérie ; la situation des banlieues françaises, de plus en plus délaissées par la République. " A ce train, dit un personnage, la cité sera bientôt une république islamique parfaitement constituée. Vous devrez alors lui faire la guerre si vous voulez la contenir dans ses frontières actuelles. " Sur un sujet aussi délicat, Sansal nous offre une réflexion d'une grande profondeur et d'une sincérité bouleversante.

Voilà encore un coup de cœur pour ce livre magnifique, déchirant, émouvant, militant.

Pour moi le thème principal de cet ouvrage, est la question fondamentale suivante, que l’auteur pose, se pose :
« Me voilà face à cette question vieille comme le monde : Sommes-nous comptables des crimes de nos pères, des crimes de nos frères et de nos enfants ?
Le drame est que nous sommes sur une ligne continue, on ne peut en sortir sans la rompre et disparaître. »

Rachel, le frère aîné, courra le monde, en terminant par Auschwitz, pour trouver la réponse. Il écrira dans son journal intime : « Se découvrir le fils d’un bourreau est pire que d’avoir été soi-même un bourreau. Le bourreau a ses justifications, il s’abrite derrière un discours, il peut nier, il peut crâner, revendiquer son crime, que dis-je son ministère et affronter fièrement la potence, il peut se cacher derrière ses ordres, il peut se sauver, changer d’identité, se construire de nouvelles justifications, il peut s’amender, il peut tout. Mais le fils, que peut-il, sinon compter les crimes de son père et traîner le boulet sa vie durant ? »

S’agissant des camps d’extermination et surtout de ceux qui les organisaient, il (l’auteur et/ou Rachel) évoque plusieurs fois Primo Levi et confesse : « Je voulais trouver la clé, la magie par laquelle des hommes sains de corps et d’esprit comme mon père, ont accepté de se dépouiller de leur humanité et de se transformer en machine de mort. »

Je suis toujours profondément ébranlée, choquée, bouleversée, lorsque je découvre au cours de mes lectures les horreurs perpétrées pendant cette période.

Au risque de déplaire à certains, je ne peux m’empêcher de vous livrer cette autre réflexion du jeune homme : « Dans quelques heures ils partiront en fumée dans le ciel de Dieu, ce Dieu sourd, aveugle et intolérant qu’ils prient depuis le premier jour. »

La frayeur de Rachel quand aux agissements de son père, et celle de son frère Malrich concernant les banlieues est omniprésente et va crescendo pendant tout le récit. Et l’on imagine bien que cette crainte est également celle de l’auteur.

C’est un livre très dur, vous l’aurez compris, mais où la tendresse et l’humour sont présents.

Merci à Doriane pour ce superbe livre.

Posté par Marifran à 22:47 - Commentaires [4] - Permalien [#]
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Commentaires

    Bonjour Meria, j'avais tout le bien que je pensais de ce roman en le 09/04/08. J'avais été émue par l'histoire et quelle écriture. Je pense que je lirai dans peu de temps le nouveau Sansal: Dantzig qui vient de paraître. Bonne après-midi.

    Posté par dasola, 03 septembre 2011 à 14:27
  • Merci Dasola : je suis allée lire ton article et les commentaires. Je pense aussi lire d'autres Sansal. Je note Dantzig (rue du 15ème, entre autres que j'ai habitée pendant 21 ans).

    Posté par Meria, 03 septembre 2011 à 16:15
  • Un auteur toujours pas découvert...

    Posté par Theoma, 07 octobre 2011 à 19:33
  • @ Theoma : je dis toujours qu'une vie ne suffit pas pour découvrir tout ce qui nous intéresse

    Posté par Meria, 08 octobre 2011 à 08:22

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